jeu.

09

juil.

2015

Élever un enfant bilingue - témoignage

Notre fille  a eu 5 ans en février. Lorsqu'elle était bébé nous avions échangé par téléphone car nous souhaitions la faire grandir dans un environnement multilingue, et d'abord bilingue anglais.

Depuis sa naissance nous lui lisons les histoires du soir en anglais et elle ne regarde que des dessins animés (très peu par ailleurs) en anglais. Après une année en toute petite section d'une école bilingue Montessori en région parisienne, nous avons opté pour une autre organisation de l'apprentissage des langues.Elle va à l'école publique en bas de la maison mais en contrepartie nous avons dégagé un budget pour une nounou américaine.


Cela fait maintenant 2 ans qu'elle a une nounou américaine qui s'occupe d'elle après l'école 4 soirs par semaine, soit 9h par semaine. Notre fille ne s'exprime pas aussi bien en anglais qu'en français mais elle s'exprime tout à fait correctement.


L'année dernière nous avons passé trois semaines à New York, dont une semaine où elle est allée en centre aéré avec des petits américains. Cet été nous allons en Irlande pour les vacances, afin également de lui faire prendre un petit bain linguistique par la même occasion.

Voilà, vos conseils et votre livre nous ont été précieux, et nous espérons réussir à continuer dans cette voie!

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mar.

30

juin

2015

Analyse de "Le Monde des Bilingues"

Publié le 19 avril sur le blog de Jonathan Goldberg et Jean Leclercq La moitié, au moins, de l'humanité est bilingue. En France, pays officiellement monolingue, on estime qu'environ 400 langues sont parlées. Quand François Grosjean, professeur émérite de psycholinguistique, décrit  le monde des bilingues, il le fait avec précision et justesse, en examinant des recherches actuelles et anciennes, dont certaines menées par lui-même. L'auteur, devenu bilingue à 8 ans grâce à une scolarité en anglais, vit aujourd'hui en Suisse romande où il a gardé l'anglais comme langue de travail, alors que le français est sa langue dominante à l'oral. Ce nouveau livre de François Grosjean, qui est son premier en français, se justifie par le fait que le bilinguisme est un phénomène de plus en plus fréquent qui ne laisse pas indifférent. Chacun, qu'il soit bilingue ou monolingue, se fait des idées de ce que veut dire être bilingue, et des inconvénients et avantages que cela représente.

 

Dans son ouvrage F. Grosjean aborde les différentes dimensions du bilinguisme, des aspects cognitifs du langage jusqu'aux représentations souvent négatives. D'entrée de jeu l'auteur épingle le fait que le bilinguisme individuel n'est pas exprimé et valorisé en France, pays qui défend le plurilinguisme à l'extérieur, particulièrement dans les pays de la francophonie. Il émet le souhait qu'à l'image de Barak Obama, un de nos ministres ou personnages d'Etat, issu d'une minorité linguistique, puisse un jour prononcer quelques mots de son autre langue « et ainsi faire valoir sa diversité linguistique et culturelle sans que cela soit pris comme un reniement de son identité française. » (31) Parmi les nombreuses définitions du bilinguisme celle de F Grosjean a le mérite de prendre en compte la complexité du phénomène. Elle est aujourd'hui largement admise, dans la communauté scientifique, comme la seule définition acceptable. Depuis ses premiers écrits, Grosjean prône une vision holistique du bilinguisme qui stipule que le bilingue n'est pas comme deux monolingues en une seule personne, mais un être communicant à part entière.

 

Le bilingue fonctionne selon le principe de complémentarité. Du fait que  les bilingues« apprennent et utilisent les langues dans des situations différentes avec des personnes variées pour des objectifs distincts » (41), la connaissance linguistique est plus ou moins développée selon le nombre de contextes où l'une ou l'autre langue est utilisée.

 

Si le bilinguisme sonne aujourd'hui comme une promesse de réussite, une ambiguïté règne toujours autour du bien-fondé du bilinguisme des enfants. Alors que certaines langues sont considérées comme adaptées à atteindre ce rêve, d'autres sont considérées comme source de troubles pour l'enfant.

 

Parmi les nombreux facteurs qui déterminent le développement du bilinguisme, Grosjean insiste sur un critère rarement pris en compte, qui constitue pourtant la base du bilinguisme chez l'enfant: le besoin de communiquer dans une langue donnée.

 

S'il fallait donner un conseil aux parents d'enfants bilingues, ce serait de ne pas se fier aux idées reçues qui sont nombreuses. Au cliché qui veut que le vrai bilingue parle sans accent, Grosjean oppose « qu'il n'y a aucun lien entre la connaissance que l'on peut avoir d'une langue et l'accent. » (38) Pour lui, l'accent ne devrait pas être un critère pour juger le degré d'appartenance nationale d'un individu.

 

Au cliché qui voit dans l'alternance des codes une non-maîtrise des langues, l'auteur oppose des données scientifiques, affirmant que le bilingue, en mode monolingue, ne désactive jamais complètement l'autre langue, ce qui peut aboutir à des interférences.

 

Quant à l'idée que le bilinguisme causerait des troubles du langage, Grosjean nous rassure. De nombreuses études contredisent cette croyance et confirment que ce n'est pas une raison pour arrêter de parler une langue et donc sacrifier le bilinguisme.

 

Bien que les parents aient un rôle important à jouer dans l'éducation bilingue, il ne faut pas négliger le poids de l'école. Grosjean n'est pas le seul à déplorer que l'école ne fasse rien pour encourager le maintien de la première langue, mais qu'elle fasse tout « pour que l'enfant passe d'un monolinguisme dans sa langue première à un monolinguisme dans la langue majoritaire, en restant le moins de temps possible à l'étape du bilinguisme. » (122)

 

La meilleure manière d'encourager et soutenir le bilinguisme à l'école est bien entendu l'enseignement bilingue, pour lequel l'auteur cite quelques exemples de réussite que l'on cherche en vain en France, du moins dans l'enseignement publique.

 

Au vu des initiatives heureuses dans d'autres pays pour accueillir les enfants allophones à l'école, et vue l'absence de politique linguistique en France, on reste sans réponse à la question de Philippe Martel, à savoir « Pourquoi, dans un pays marqué depuis tant de siècles par la diversité linguistique, a-t-on choisi la démarche du monolinguisme le plus absolu ? » (127)

 

Au sujet de l'enseignement des langues en France, Grosjean confirme un présupposé bien connu: on ne devient pas bilingue en suivant les cours de langues du primaire au secondaire!

 

Faisant écho, sans le vouloir, à la récente polémique sur l'enseignement des langues et cultures d'origine (ELCO) à l'école publique, hors temps scolaire, l'auteur déplore les faiblesses du dispositif, mais constate néanmoins que « le fait d'avoir accès à ce type d'enseignement est déjà un point positif et permet à certains enfants de maintenir, sinon d'améliorer, leurs connaissances dans la langue minoritaire » (131).

 

Dans les ouvrages sur le bilinguisme, le biculturalisme est rarement traité de manière aussi détaillée qu'ici. Il est vrai que le lien entre bilinguisme et biculturalisme est difficile à définir et en tous les cas loin d'être automatique. Encore faut-il s'accorder sur le terme de culture. Selon Grosjean, le biculturalisme entraine « la synthèse des normes de deux cultures en un seul répertoire comportemental.» (169)

 

Pour compléter le tour du monde des bilingues, le bilinguisme en langue des signes est abordé, de même que quelques cas de bilingues exceptionnels, traducteurs, interprètes, écrivains.

 

Parler plusieurs langues »est un ouvrage utile, rédigé dans un langage accessible, basé sur la longue expérience d'un chercheur et bilingue. Il intéressera tous les professionnels, étudiants, enseignants, et toute personne désireuse de mieux comprendre une réalité linguistique qui caractérise tant de personnes à travers le monde.

 

Barbara Abdelilah-Bauer pour le blog Le Mot Juste En Anglais

 

 

 

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jeu.

16

avril

2015

L'avantage du bilinguisme remis en question?

Une analyse vient de démontrer que les études  corroborant la théorie de l' avantage cognitif des bilingues sont plus fréquemment publiées dans des revues scientifiques  que celles  trouvant  un effet neutre voire nul. L'avantage cognitif du bilinguisme est devenu un argument largement accepté.

Selon la méta- analyse publiée dans Psychological Science,  il existe un biais dans l'interprétation des avantages du fait que seulement les études positives sont effectivement publiées.

 

Beaucoup d'études, notamment par la psycholinguiste Ellen Bialystok, démontrent par exemple la plus grande capacité des bilingues de se concentrer sur des tâches importantes (executive control fonction), comparés aux monolingues.

Pour être publiée dans une revue scientifique, une étude doit être approuvée par un comité scientifique.

Les auteurs de la méta- analyse ont cherché à savoir s'il existe un biais de publication, c'est-à-dire si les comités scientifiques acceptent plus facilement des études  corroborant la théorie de l'avantage cognitif.

Ils ont relevé toutes les études ayant trait à l'avantage cognitif des bilingues, présentées lors de congrès scientifiques entre 1999 et 2012. Ils ont ensuite cherché à savoir lesquelles de ces études ont été publiées dans des revues scientifiques avant février 2014.

Leur résultat est sans équivoque: 63% des études démontrant un avantage cognitif ont été publiés, contre seulement 36 % de celles qui n'ont révélé aucun avantage des bilingues!

Conclusion  L'idée largement acceptée, dans la société,  de l'avantage cognitif des bilingues pourrait ne pas refléter correctement la totalité des preuves scientifiques dont nous disposons.

 

A. de Bruin, B. Treccani, S. Della Sala. Cognitive Advantage in Bilingualism: An Example of Publication Bias? Psychological Science, 2014 

 

 

 

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mer.

10

déc.

2014

Comment je suis "redevenue" bilingue

Je viens de finir votre livre "Le défi des enfants bilingues", après avoir découvert votre site il y a quelques temps. MERCI pour cet ouvrage à la fois intelligent et rassurant! Loin de toutes les peurs et des angoisses liées au bilinguisme.

Je suis franco-tchèque, née en France, d'un père tchèque et d'une mère française. J'ai grandi en partie éduquée par ma mère et ma grand-mère tchèque (qui venait une bonne partie de l'année quand j'étais petite et en fonction des visas accordés par le régime d'alors), donc le tchèque a été, comme je le dis souvent, ma langue "grand-maternelle".

Mon père devant apprendre le français, nous n'avons jamais parlé tchèque à la maison. J'ai parlé tchèque petite avec ma grand-mère,  avec mon père quand il était là et elle aussi (il faisait ses études assez loin de notre région) et ma mère a appris le tchèque, pour communiquer avec la famille tchèque et "maintenir la langue" à la maison, pour moi, par des histoires et des contes ou des chansons lorsque ma grand-mère n'était pas là.

Mais pendant longtemps (hormis la toute petite enfance) mon niveau a été assez médiocre, avec des connaissances de jeu, de contes, de situations quotidiennes (la nourriture etc.), mais en grandissant, je ne comprenais guère par exemple le journal TV quand nous revenions à Prague.

 

A 23 ans, je suis "revenue" en Tchéquie, pour découvrir le pays davantage qu'en vacances et améliorer la langue. Auparavant, pendant mes études j'avais suivi des cours aux Langues O, puis étant revenue dans ma région, à l'université de Strasbourg, mais j'étais toujours frustrée : à la fois j'avais de grosses lacunes grammaticales, en même temps, l'enseignement n'était pas adapté à quelqu'un qui maîtrisait quand même pas mal la langue.

Mon retour à Prague a été dur au début. J'ai beaucoup lu (des journaux surtout, moins longs à lire que des livres, où il est frustrant d'avancer au rythme de l'escargot, surtout quand on est habitué à les dévorer!), pas mal regardé la télé aussi (tant que je ne connaissais pas tant de monde), et puis rencontré des gens, travaillé dans des secteurs où je n'avais pas le choix et il fallait parler.

 

Un jour, il y a eu un déclic : je me rappelle (je crois que c'était à la fin de la première année) avoir lu le mot "protivaha" (je l'écris sans diacritique) ce qui est le substantif tiré de "contrebalancer" en français. Et je me suis dit : "oh, c'est pareil qu'en français contre-balancer, proti-vaha, il y a la même idée dans la construction du mot!). A partir de ce moment-là, je crois que mon tchèque a fait un grand bond en avant. Et surtout, j'ai vu porter les fruits de cette immersion voulue dans le pays.


Je peux dire que je suis "redevenue bilingue". Je l'étais petite je pense, à mon niveau d'enfant. Puis j'ai perdu une partie de mes connaissances vivant dans un pays (la France) où tout le monde me demandait : "y a la guerre dans ton pays?" (cf. la guerre de Yougoslavie, puis celle de Tchétchénie...) :) et aussi parce que nous n'avons jamais instauré les deux langues à la maison. Et je pense que je suis redevenue désormais bilingue.


Aujourd'hui je suis mariée à un Tchèque, et nous avons une petite fille de 16 mois, Viviane. Je lui parle en français. Mais beaucoup de choses de l'enfance sont pour moi tchèques, alors quand je lui lis des histoires, je la lis dans la langue du livre. Et puis je lui chante des chansons françaises, mais tchèques aussi. Parce que je me dis que ça fait partie de moi aussi... Je circonscris ces moments tchèques avec elle aux histoires et chansons. Je pense bien faire... Parce que de toutes les façons, ce n'est pas mon mari qui les connaît ces chansons etc., c'est moi! C'est le paradoxe!


Sinon, je lui parle français, et lui tchèque. Pour l'heure je pense qu'elle comprend mieux le français. Mais vivant en Tchéquie, le français est voué à être la langue "avec maman, mamie, et les amies de maman"...
Et le paradoxe de tout ça, c'est que maintenant, quand nous sommes dans ma famille avec mon mari (qui ne parle pas français), eh bien, du coup, nous parlons tous tchèque - même avec mon père, alors qu'autrefois ce n'était jamais le cas.


Même mon frère est un cas particulier : il a toujours refusé, petit, de parler tchèque avec ma grand-mère, et y a été moins exposé, ayant six ans de moins que moi. Il s'est rendu compte sur le tard que c'était dommage. Il l'a réappris, de manière "scolaire", par des cours et des séjours intensifs en Tchéquie, et il le parle aujourd'hui, pas totalement parfaitement, mais très bien selon moi. C'est assez fou! Je pense quand même que le fait d'avoir entendu la langue petit et dans son adolescence a aidé à "rattraper" le retard... Ce n'est pas comme s'il s'était lancé dans une langue totalement inconnue non plus. Mais c'est un tour de force quand même et je suis fière de lui.


Anna K.

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jeu.

03

oct.

2013

En Colombie aussi...

"Estoy interesada en su libro 'El desafio del bilinguismo' para mi trabajo de grado de mi maestría en bilinguismo, pero es imposible encontrarlo en una biblioteca cercana a mi ciudad, Armenia, Colombia. Quisiera saber como puede ayudarme"

 

Comment ne pas répondre à cette question par l'envoi du livre? Mais, la Colombie?  Envoyer un livre en Colombie, c'est possible?

Renseignement pris, c'est possible et pas trop cher

Je demande  son adresse  à l'étudiante, "muuuuchas gracias!!"

 

 

3 semaines après, je reçois le message: "j'ai reçu le livre, je suis très heureuse, muuuuuchas gracias!!!"

 

Moi aussi, j'en suis heureuse. Mission accomplie.

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sam.

21

sept.

2013

Témoignage: Une famille trilingue

Nous, Susanne et Alexandre, sommes un couple franco-allemand avec deux enfants, âgés aujourd'hui de six et dix ans. Notre famille est passée d'une situation bilingue à une constellation trilingue. Au cours de notre aventure linguistique, nous avons appliqué plusieurs concepts présentés dans votre livre. Nous souhaiterions alors aussi donner notre témoignage.

Notre vie bilingue
Voilà notre situation de départ : Nous vivions à Paris. La langue de notre couple est le Français que je parle à un niveau quasi natif l'ayant appris adulte en immersion totale.

Quand notre fille est née, nous avons pris la décision de parler chacun sa langue maternelle avec elle. En effet, il était impensable pour moi que mon enfant ne parle pas l’Allemand. Comme vous le dîtes très justement dans votre livre, la langue maternelle est transmetteur de culture, de valeurs, du vécu personnel et de l'histoire familiale. Comment ne pas vouloir transmettre tout cela à son enfant et de le couper ainsi d’une partie de ses racines. D’un point de vue pratique, tout en parlant un excellent Français, les mots câlins, les petites comptines, les histoires pour enfants, je ne les connaissais aussi qu'en Allemand.

Les débuts n'étaient pas évidents, car je n'avais plus l'habitude de penser et de parler en Allemand. Il fallait que je repasse moi-même d'un niveau monolingue Français à un niveau bilingue Allemand-Français. En reparlant régulièrement Allemand, mon Français a perdu en fluidité, et mon Allemand d'aujourd'hui est bien moins riche qu’auparavant. Néanmoins, reparler ma langue maternelle était aussi une étape importante pour moi, me reconfirmant dans mon identité.


J'ai toujours parlé Allemand avec nos enfants, sans mélanger avec le Français. Parler Allemand avec mes enfants est devenu naturel pour moi, même devant ma belle-famille ou des amis. Nous avons eu de la chance, notre entourage, notamment mes beaux-parents, ont toujours encouragé et valorisé notre éducation bilingue.

Dès leur plus jeune âge, nos enfants avaient compris quelle langue il fallait parler avec qui. À 18 mois, notre fille me réclamait "Mama, Schnuller!"'. Quand je refusais, elle se retournait et essayait "Tétine, papa!". Nos enfants n'ont également pas mélangé les deux langues. Ma fille n'était pas du tout étonnée quand elle a appris que je portais un autre nom de famille que mon mari. Pour elle, mon nom de famille était tout simplement la traduction allemande du nom de famille de son papa. Comme pour tout, il y avait aussi deux désignations pour les noms de famille.

Le Français est devenu rapidement la langue forte de nos enfants car ils étaient toujours gardés par une nourrice francophone et fréquentaient les écoles traditionnelles du quartier. Pour contrebalancer l’omniprésence du Français, depuis l’école maternelle, nos enfants passent leurs vacances scolaires chez leur grand-mère en Allemagne. En Allemagne, ils fréquentaient d’abord mon ancien jardin d'enfants, et vont maintenant dans une école Montessori (où il est plus facile d'intégrer un enfant à temps partiel que dans une école publique). Nos enfants sont devenus aussi à l'aise en Allemand, leur langue minoritaire, grâce à ces séjours très réguliers en immersion totale en Allemagne. Après deux semaines sur place, ils n'arrivent plus à parler Français au téléphone !

Néanmoins, en comparaison avec le Français, leur vocabulaire allemand est moins riche et ils font plus de fautes de grammaire. Parfois, il est difficile pour eux de s'exprimer en Allemand, ils cherchent leurs mots. Je reformule toujours en Allemand ce qu'ils essayent de dire, avec le temps, j'ai développé un sixième sens pour les comprendre. De leur côté, nos enfants ont pris l'habitude de répéter mes reformulations ou corrections.

Nos enfants ne me parlent qu'en Allemand. Ma fille dit que me parler en Français sera comme me parler dans une langue étrangère. Je continue à parler Français avec mon mari. À force d'entendre l'Allemand à la maison, mon mari le comprend et le parle aujourd'hui, sans l'avoir appris d'une façon académique. En famille, nous parlons toujours les deux langues. Par exemple à table, quand je m'adresse aux enfants ou à tous, je parle Allemand, quand je m'adresse à mon mari, je parle Français. Les enfants parlent Allemand avec moi, Français avec leur père, et l'un où l'autre quand ils s'adressent à nous deux. Mon mari parle toujours Français. Tout le monde comprend tout ce qui est dit. Je reformule régulièrement en Allemand, c'est devenu une habitude. Cela paraît vertigineux, mais nous avons l'habitude de changer de langue d'une phrase à l'autre. Nous ne mélangeons pas les deux langues, nous les utilisons en synchrone.

Il va de soi que nous avons cherché des alliés germanophones à Paris, des amis avec des enfants que nous rencontrons régulièrement. Nous avons aussi rempli toute une bibliothèque allemande à la maison, ainsi qu'une série de DVD germanophones. Cela me permet aussi de partager mon enfance avec les livres et personnages avec lesquels j'ai grandi moi même.


Notre vie trilingue
Ayant réussi à faire coexister deux langues à la maison, il y a deux ans, mon mari a reçu une proposition de travail à Moscou. Personne ne parlait Russe dans la famille, et nous voilà tous les quatre débarqués en Russie pour plusieurs années. Il était évident pour nous de vouloir profiter de notre séjour pour apprendre le Russe et de nous intégrer localement, nous ne voulions pas rester enfermés dans le milieu d'expatriés, mais découvrir la Russie. Nous étions convaincus que la clé de compréhension de ce pays était la maîtrise de la langue Russe. Nous avons donc entrepris toute une démarche pour aider nos enfants à apprendre une troisième langue, la langue Russe. L'équilibre linguistique au sein de notre famille a basculé en conséquence.

Dans un premier temps, nous avons décidé de poursuivre la scolarisation de nos enfants dans le système français. Quand nous sommes arrivés à Moscou, notre fille était en CE2 et notre fils en Moyenne Section. Travaillant tous les deux, mon mari et moi avons d’abord embauché une nounou russe qui ne parle pas d'autres langues. Notre nounou s'occupe de nos enfants après l'école française jusqu'à notre retour à la maison. Notre nounou accompagne nos enfants à leurs différentes activités, joue et se balade au parc avec eux, prépare leur repas, leur lit des histoires. Le courant est passé très vite entre notre nounou et nos enfants qui ont eu besoin et envie de communiquer avec elle. Depuis le début, notre nounou parle beaucoup avec eux, elle a l'habitude de reformuler et de répéter plusieurs fois ses phrases s'il faut. Après quelques semaines, nos enfants communiquaient déjà dans un Russe simple avec elle.

Nous avons vite constaté que nos enfants n'apprenaient pas le Russe de la même façon. Notre fille de huit ans s'est rapidement plainte du manque de structure (« Je sais dire "je vais à l'école", mais comment dire "nous allons à l'école" ou "j'y allais hier" ? »). Nous avons donc engagé un professeur russe (ne parlant ni français ni allemand). Avec ce professeur, notre fille a appris, comme nous adultes, à lire et à écrire en cyrillique, à décliner les verbes et les différents cas, à s’exprimer dans les différents temps. Notre professeur a également commencé à travailler régulièrement avec notre fils de quatre ans. Ils jouaient ensemble, le professeur montrait des images qu'ils décrivaient ensuite, ils regardaient de petits films qu’ils commentaient. L'apprentissage de notre fils était basé sur la répétition des mots et des phrases. Notre fils est alors devenu un petit perroquet, il répétait tout ce qu'il entendait en russe.

Après un an en Russie, notre fils a pu intégrer la Grande Section bilingue franco-russe de l'école française. Un tiers du programme était dispensé par une maitresse russe en russe. Dans cette classe, notre fils a fait d'énormes progrès en Russe, ainsi qu'en lecture (ce que nous n'attendions pas). À la fin de l'année scolaire, il savait lire en Français et en Russe, et il communiquait en russe avec ses petits amis russophones. Après cet été, il a directement intégré une classe de CE1. De son côté, notre fille a intégré un CM1 de russe renforcé (les classes bilingues n'existant malheureusement que dans l'école maternelle). Les enfants avaient trois fois par semaine un cours de russe, et une partie des cours de mathématiques était enseignée en Russe. Nous étions déçus de l’apprentissage du Russe dans cette classe, notre fille apprenait le Russe surtout avec notre professeur et notre nounou. Nous avons alors décidé d'inscrire notre fille dans une « vraie » école russe où elle fera l’équivalent de son CM2, à partir de cette année scolaire. Notre fille était partante du projet, étant donné qu'elle avait déjà un bon niveau en russe. Elle est maintenant le seul enfant non russe de sa classe. Notre fille arrive à déjà bien suivre les cours, et à communiquer normalement avec les autres enfants, mais il lui manque encore beaucoup de vocabulaire académique. Bien entendu, nos enfants suivent aussi des activités extrascolaires en russe, notre fils est par exemple inscrit au conservatoire de musique de notre quartier.


En résumé, nous essayons de créer des situations d'immersion en russe pour nos enfants. Ils ont besoin de parler russe au quotidien avec leur entourage russe. Nous parents donnons l'exemple en apprenant nous-mêmes le Russe. Les enfants nous entendent parler russe, ils nous voient faire nos devoirs russes, nous regardons des films russes ensemble. Le samedi matin, notre fille et moi prenons même un cours de russe ensemble. Apprendre le russe est devenu une activité familiale. Bien sur, les enfants sont bien fiers quand ils comprennent mieux que mon mari ou moi ! Nous avons observé avec beaucoup de plaisir (et un peu de jalousie) la rapidité et facilité avec lesquelles nos enfants ont appris le Russe, chacun à sa façon. Ils n'avaient surtout pas peur de parler Russe, et se sont lancés très vite, même avec un vocabulaire limité. Les deux enfants ont démontré une capacité bien plus importante que nous, adultes, à mémoriser de nouveaux mots russes.

À la maison, nous continuons à parler Allemand et Français, les deux langues de notre famille. Le Français reste la langue forte de nos enfants dû à leur scolarisation jusqu’à maintenant, l'allemand est leur langue maternelle, et le Russe la langue du pays dans lequel nous vivons. Parfois nos enfants parlent français entre eux, parfois allemand, parfois russe. Tout dépend de qui est avec eux, et comment ils passent leur journée. Ils n’ont pas d’accent dans aucune des trois langues. Bien entendu, à ce jour, nos enfants ne sont pas bilingues en Russe comme ils le sont en Français ou en Allemand. Néanmoins, après deux ans en Russie, ils se débrouillent déjà suffisamment bien pour suivre un enseignement local. Leur niveau « final » de Russe dépendra certainement du temps que nous allons encore vivre en Russie, ainsi que de notre prochaine destination. Si nous retournons à Paris, nous pensons pouvoir maintenir le Russe via une filière Russe au collège, une nounou russophone et des cours particuliers. La situation sera plus compliqué, si nous partons dans un autre pays, avec encore une nouvelle langue à apprendre. Je doute pouvoir maintenir quatre langues à un bon niveau, trois langues nécessitant déjà un investissement substantiel, un effort permanent et du recadrage quasi quotidien.


Nous aussi avons été confrontés à des commentaires du type « Mais à quoi cela sert, le Russe ! », d'autres familles d’expatriées à Moscou donnant des cours d'anglais à leurs enfants. Nous avons pris la position que l'anglais peut s’apprendre n'importe où et n'importe quand. Par contre, c'est une opportunité unique et formidable de pouvoir apprendre le Russe en Russie, quel dommage serait-ce de ne même pas essayer d'en profiter. Nous souhaiterions que nos enfants gardent à toujours le Russe de ce séjour en Russie.

En tant que parents, nous sommes ravis surtout de l'ouverture d'esprit que notre aventure multilingue donne à nos enfants. Nos enfants n'ont pas peur des différences. Ils ont une vision du monde et un référentiel culturel bien plus large que nous parents, qui avons grandi dans un seul pays avec une seule langue. Nous n'avons jamais regretté de nous être lancés dans cette aventure multilingue qui est loin d'être arrivée à sa fin.

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ven.

31

mai

2013

Avoir honte de la langue de sa mère...


"Je me permets de vous envoyer à travers ce témoignage tous mes
encouragements pour tout votre travail. C'est avec une grande joie libératrice que j'ai découvert votre site, vos travaux, vos écrits .

Maman de trois enfants, c'est en recherchant des cours d'anglais dans ma région que j'ai découvert votre nom, vous y animiez alors une conférence.
Poussée par la curiosité j'ai découvert votre association, votre équipe,  j'ai pu lire bon nombres d'articles et quelle belle surprise !

Je disais libératrice car en effet ce fut pour moi une vrai thérapie de simplement mettre des mots sur ce que j'avais vécu sans même m'en rendre compte ou sans le verbaliser, et de me dire en soupirant: "c'était donc cela".

Vous avez su pointer avec la plus grande clairvoyance les problèmes-type liés à l'apprentissage bilingue selon l'origine de la langue et son importance dans la construction de l'individu.
Par mon expérience je voudrais témoigner oh combien l'apprentissage des langues est plus qu'une affaire mondaine ou de réussite sociale,  mais au contraire interagit dans la construction même de l'individu.

Je suis née en Algérie et ma mère n'est venue rejoindre mon père en France  qu'après ma naissance dans les années 70. Nous arrivions alors dans un environnement « hostile » à notre culture, puisque nous n'étions alors que deux familles d'immigrées à y vivre.
J'ai vécu ce que l'on peut appeler cette « auto-destruction » culturelle qui passait notamment par le rejet de ma langue maternelle. Je me souviens avec amertume aujourd'hui le sentiment de honte qui m'envahissait lorsque ma mère venait me chercher à l'école et me parlait en arabe dialectal.( cf  dévalorisation sociale des langues d'origine africaines).
Ce n'est qu 'en grandissant que les pôles se sont inversés et l'on se rend compte qu'un arbre ne peut grandir sans racine. Sinon cela reviendrait à détruire une partie de soi ou à s'oublier.
Lors de mon entrée au lycée j'ai décidé volontairement de prendre l'option arabe, même si autour de moi je me suis entendu dire : « cela ne te servira à rien ».
L'apprentissage des langues en France reste une affaire mondaine et lié à une volonté de réussir socialement.
Alors que comme vous l'expliquez, la langue que l'on s'approprie va faire partie intégrante de la personnalité et ce n'est pas seulement des mots de  vocabulaire que l'on apprend, mais aussi toute une culture, une manière de voir les choses.


Ensuite, à l'université,  malgré l'avis défavorable de mes professeurs, j'ai voulu continuer l'apprentissage des langues étrangères en m'inscrivant dans un cursus de langues dont faisaient parti l'anglais et l'arabe.
Certes mon niveau d'anglais restait très moyen, car je n'avais pu faire de séjours linguistiques à l'instar de nombres de mes camarades, ce qui était la condition sine qua non à une bonne pratique linguistique.
J'ai finalement réussi à obtenir mon Deug, mais malheureusement cette lacune en anglais ne m'a pas permis de valider ma licence.
Cet anglais, il me le fallait, c'était la clé d'une réussite sociale comme vous l'expliquez. Cette nouvelle langue que je côtoyais nous donnait ce que malheureusement l'arabe ou d'autres langues ne permettaient pas.

C'est comme cela que l'anglais a fait petit à petit partie de ma vie. J'ai encore, malgré l'avis des professeurs, continué dans l 'apprentissage des langues.
J'entamais alors une formation professionnelle qui m'a fait atterrir après un an au sein d'une compagnie anglaise de grande renommée. J'ai appris en 6 mois ce que je n'ai pu faire en 9 ans d'études de la langue. Après quelques difficultés du début j'ai pu améliorer l'oral comme jamais je ne l'aurais pu à l'école, j'ai pu distinguer l'anglais américain, australien, sud-africain et enfin l'anglais britannique.

J'ai pu par l'intermédiaire de mon travail côtoyer beaucoup de nationalités et l'ouverture d'esprit était plus grande que dans d'autres domaines.  J'ai découvert que la société anglaise valorisait mes origines plus que ne le faisait ma terre d'accueil.
J'ai pu effectuer des voyages à l'étranger, à Londres, adopter cette culture anglaise qui faisait désormais partie de moi de par mon statut social, le tea time, le savoir-vivre anglais, Harrod's me parlaient désormais.

Mais me manquait toujours ce qui était enfoui toujours en moi, cette culture, mes racines, j'étais toujours en décalage avec ma famille. J'ai bien entendu essayé de décaler mon arabité vers le Moyen Orient et cela grâce à l'anglais, car comme je vous le disais, en Angleterre le mot arabe n'est pas péjoratif comme il l'est en France, ce n'est pas la même histoire et parler l'arabe du Moyen Orient c'est encore plus valorisant que de parler celui d’Afrique. J'ai finalement remplacé l'anglais par le français (langue et culture qui finalement m'ont été imposé et que je n'arrive plus à aimer).

En bref, tant de recherches de soi, finalement en lisant aujourd'hui vos écrits je me rends compte que mon bonheur était tout simplement dans mon pré,  celui de ma langue maternelle, pourquoi s’évertuer à chercher autre chose que sa propre langue!

Le bilinguisme est d’abord une affaire familiale qui se transmet de parent à enfant, d'ailleurs pour l'avoir vécu, l'apprentissage d'une autre langues ouvre évidemment bien des portes, notamment celle de la tolérance et de l'ouverture d'esprit. Mais, l'essentiel pour la construction de l'individu qui baigne dans un environnement bilingue est d’intégrer sa langue maternelle et de la valoriser, c'est ce qui m'avait manqué.
Dieu merci j'ai pu m'en rendre compte alors que mes enfants sont encore petits, tellement de questions se posaient à moi quant à leur éducation linguistique, les inscrire dans des cours bilingues français arabe, une recherche d'un enseignement anglais complémentaire pour leur donner l'opportunité que j'ai eue à l'aide de cette langue .
Mais avant tout je sais maintenant qu'il faut travailler à valoriser leur langue maternelle qui pour moi reste l'algérien et ceci je l'ai compris par votre intermédiaire.
J'ai encore tellement à apprendre sur le bilinguisme réussi, je débute, j'ai tout de suite adhéré à votre association Café Bilingue en espérant pouvoir, pourquoi pas, en voir un jour dans ma région .
Excusez-moi pour la longueur, mais c'était pour moi nécessaire de vous apporter ce témoignage qui, je l’espère, ne sera pas ennuyeux, pour vous encourager à continuer, car cela non seulement a le mérite d'être innovant, mais est indispensable à la société d'aujourd'hui."





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jeu.

16

mai

2013

Le bilinguisme à la Réunion, à quand la reconnaissance?

B. Abdelilah-Bauer et Axel Gauvin
B. Abdelilah-Bauer et Axel Gauvin

La Réunion, ce "caillou jeté dans l’océan indien" et néanmoins département français,  peine à voir ses particularismes reconnus par la République.

A commencer par la langue de communication de la majorité des habitants de cette belle île. Souvent décrié comme sabir, dialecte, ou simple déformation du français, le créole est parlé par 80% des familles. En même temps et dans ces mêmes familles, sa dévalorisation est intériorisée à tel point qu’à la question s’il parle créole, un petit élève de maternelle répond à sa maîtresse "mi koz pa kréol " (je ne parle pas créole) !
Dévalorisation distillée par l’école où on incite l’élève à reformuler un énoncé spontané (en créole) en français par un "comment ça se dit correctement ?"

A la Réunion plus qu’ailleurs l’école faillit lamentablement à sa mission de donner les mêmes chances de réussite à tous les enfants en traitant la première langue des élèves comme une simple déformation du code "correct ".

Il faut bien se mettre à l’évidence. Le créole est la langue maternelle des Réunionnais, mais l’école s’obstine à enseigner le français comme langue maternelle à des enfants qui ne le parlent pas ! 

Pas étonnant alors que les petits de maternelle, après quelques corrections de leur parler ‘fautif ‘, se taisent. "Au fil des ans, les enfants deviennent de plus en plus silencieux en classe ", constate une enseignante avant de poursuivre "serait-ce parce qu’ils finissent par comprendre que leur langue n’est pas acceptée à l’école ?"

Le taux d’échec scolaire du département – les évaluations en classe de CM2 sont situées 10 points en dessous de la moyenne nationale ! – est le résultat, du moins en partie, de cette non prise en compte de la première langue des enfants.

C’est aussi l’avis du député Jean Jacques Vlody  qui propose, dans un amendement à la loi sur la refondation de l’école, d’appliquer dans les outre-mer des approches pédagogiques spécifiques dans l’enseignement du français en tant que seconde langue des enfants.
"Un enfant n'apprend pas le français de la même manière selon qu'il vive et parle au quotidien en créole ou en français. L'école doit prendre en considération cette spécificité - qui est une richesse - si elle veut vraiment que tous ses enfants réussissent."

Accueillir les enfants dans leur langue maternelle, tel est l’objectif des classes bilingues créole/ français, ce qui constitue à mon sens  un premier pas dans la lutte contre l’échec scolaire sur l’île.

20 classes bilingues maternelles français/créole ont vu le jour depuis 6 ans, grâce à l’engagement d’enseignants et d’associations comme l’Ofis la lang kréol la Rénion (L’Office pour la langue créole de la Réunion).
Les preuves  de réussite de cet enseignement ne manquent pas. Des enfants "mutiques" deviennent bavards en classe de créole et se révèlent être loin de l’image du petit créolophone " vide " véhiculée par certains enseignants de français.

Malheureusement, le vent a tourné avec l’arrivée du nouveau recteur d’académie en janvier 2013. Malgré que 60% des Réunionnais souhaitent que le créole soit enseigné à école (enquête IFOP 2007), le rectorat ne souhaite pas étendre le dispositif des classes bilingues !

L’attitude frileuse du recteur est relayée par l’inspecteur d’académie (DASEN selon la nouvelle appellation) qui se dit ne "pas (être) favorable au bilinguisme additif "!
L’affirmation dénote une totale ignorance du bilinguisme, voire un mépris du bilinguisme créole/français.

A défaut d’approuver le bilinguisme additif (quand la seconde langue augmente les compétences linguistiques et cognitives), ce pédagogue pencherait-il en faveur du bilinguisme soustractif (la seconde langue s’installe au dépens de la première pouvant entrainer un déficit langagier dans les deux langues) ?

Car bilinguisme il y a sur l’île de la Réunion, c’est évident. La plupart de mes interlocuteurs lors de mon séjour sur l’île pratiquaient ce que François Grosjean appelle la « troisième langue du bilingue », le mélange du créole et du français – un « créole francisé » comme l’appelle Axel Gauvin, président de l'Ofis la lang kréol.
Un des défis de l’enseignement en classe bilingue est justement le  développement de la capacité de différencier les deux codes, ce qui demande une pédagogie particulière.
La situation est également catastrophique au collège, où le taux de passage en seconde a été, dans certains collèges, de 40%  en 2012 ! Arrivés au collège avec un handicap majeur, celui de ne pas maîtriser le français standard, une grande partie des élèves refuse de s’exprimer à l’oral. "N’i gaigne pa, nous la onte" (nous ne savons pas, nous avons honte »).

C’est pour  lever ce blocage que quelques enseignants du collège Plateau Goyave ont élaboré le projet d’une sixième bilingue créole/français. Le projet prévoit, à côté de l’enseignement du créole et d’un travail sur la différenciation des codes,  un enseignement de l’histoire et de la culture réunionnaises spécifiques.
A la Réunion, "nos ancêtres ne sont pas les Gaulois" !

Il est regrettable que l’académie ne perçoive pas l’importance de ce travail entrepris par les enseignants en direction des enfants, surtout ceux qui sont  les plus fragilisés.

Dans ce contexte décourageant, des enseignants et des associations se battent pourtant pour la reconnaissance du créole à l'école. Queques médias se font leur relais*, mais les résistances sont énormes, aussi dans la population créolophone.

Un travail de sensibilisation de longue haleine sera nécessaire auprès des familles qui devront comprendre que le bilinguisme additif est possible et souhaitable pour leurs enfants.


A la Réunion, la réussite scolaire passe certes par la maîtrise du français, mais  la réussite en français ne peut se faire sans le détour par la langue régionale, le créole !

* J'étais invitée le 3 mai, avec Axel Gauvin, à l'émission Coup de poing sur l'actu, sur Réunion 1re et le 8 mai, Yvette Duchemen, directrice d'école et Monique Turpin, enseignante à la retraite, ont défendu les classes bilingues dans cette même émission.

 

 

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lun.

13

mai

2013

Des mots vieux de 15000 ans!

Une équipe de linguistes de l’université de Reading en Angleterre  a identifié une vingtaine de mots vieux de 15000 ans!

On suppose en général que les mots ne vivent pas plus de 9000 ans. L’évolution et l’introduction de mots d’autres langues mènent à l’extinction des mots anciens.

Mais il semble que cette règle ne s’applique pas toujours.

Mark Pagel et ses collègues
ont identifié des homonymes (des mots qui ont le même sens et une sonorité semblable) qui ont survécu depuis 150 siècles !

Parmi eux nous trouvons « donner », « mère », « non », » quoi », « entendre », « homme », et aussi « cendres »  et « ver ».

Ceci laisse supposer l’existence d’une « proto-langue » eurasienne qui aurait donné naissance à 700 langues modernes parlées aujourd’hui par la moitié de l’humanité.

Les 700 langues étudiées appartiennent à des familles de langues différentes comme les langues indo-européennes, altaiques (turc, uzbèque, mongole), dravidiennes (langues du sud de l’Inde), inuit-yupik (langues de l’Arctique), uraliennes (finnois, hongrois et quelques autres), etc.

Les 23 mots définis comme « ultraconservés » ont le même sens et une sonorité semblable dans au moins 4 langues des 7 familles  étudiées.

Selon leurs études, des mots utilisés au moins 16 fois par jour par un locuteur moyen avaient la plus grande chance d’avoir un homonyme dans au moins 3 familles de langues.

Sur cette page on peut entendre le son des mots dans les différentes langues
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/special/national/words-that-last/

Source: http://www.pnas.org/content/early/2013/05/01/1218726110

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lun.

04

mars

2013

Expatriation? Pas si simple pour un enfant!

Mise à part l'épineuse question de la scolarisation dan sle niuveau pays (surtout si une autre langue y est parlée), le sentiment d'identité de l'enfant doit être considéré.

Un témoignage:

"Nous avons passé plusieurs années dans différents pays. Nos enfants ont 6 et 8 ans. Actuellement nous vivons  en Chine. Ma fille de 6 ans me demandait récemment:  ” Quand je suis en France on m’appelle la  Chinoise, quand je suis en Chine, je suis Française… Maman, je suis quoi?” 

Mon fils de 8 ans ést très inquiet quant à sa nationalité, il m'a demandé s'il aura toujours son passeport français, bien qu'il ait vécu lamoitié de sa vie à l’étranger"

 

L'avantage que voient les adultes dans l'expatriation - apprentissage d'une nouvelle langue, ouverture à d'autres cultures - est très abstrait pour les enfants.

Il est important prendre au sérieux ces interrogations des enfants. On peut leur montrer que ce n'est pas facile pour les adultes aussi, parler des différences culturelles et linguistiuqes, montrer que les adultes aussi ont a des efforts à faire.

L'expatriation doit être préparée et vécue comme une aventure commune que tous, adultes et enfants vont affronter ensemble.

 

 

 

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ven.

01

mars

2013

Pas de télé pour bébés bilingues!

Credit image: http://www.facebook.com/1MillionArtists
Ce que la télé fait au cerveau

Des Dvd en langues étrangères pour les tout-petits, des programmes de télévision spécialement conçus pour les bébés à partir de 6 mois?

Ils promettent d'éveiller votre enfant, de lui apprendre une langue étrangère, de le rendre plus intelligent, en somme. Ils promettent aussi de soulager les parents exténués après une longue journée de travail, en proposant une activité "intelligente" pour le bébé et du repos pour la maman stressé.

 

"Mon fils de 20 mois est complètement fan de l'âne Trotro. Je sais que c'est mal, mais c est vrai qu’ après une journée de travail, je n ai pas beaucoup d’énergie pour jouer , faire le repas, ect ... Alors il regarde ce dessin animé et me sollicite moins."


Ce témoignage sur un réseau social nous montre ce qui se passe dans des millions de foyers. L'adulte achète sa propre tranquillité en offrant une émission "de qualité" à l'enfant.

Parmi les nombreux inconvénients que présente ce "calmant pour bébés" je ne citerai que celui qui touche l'acquisition du langage. D'autant plus  que certains DVD et videos (comme Baby Einstein) sont explicitement destinés à enrichir le langage de l'enfant.


Une étude américaine d'envergure a démontré que ces programmes spécialement conçus pour augmenter le vocabulaire du bébé et jeune enfant a l'effet contraire:

Il sont sondé la compréhension de mots chez 7500 bébés entre 8 mois et  24 mois, dont certains étaient exposés régulièrement à des programmes "spécial langage" et d'autres non.

L'étude a trouvé que plus les enfants regardaient ces  DVD et videos, plus leur capacité linguistique étati ralentie, comparé à celle de bébés qui ne regardaient pas ces émissions!

Pire, pour chaque heure par jour pendant laquelle le bébé entre 8 et 16 mois regarde ces DVD ou vidéos, il apprend 6 à 8 mots en moins!

Chez les plus grands, entre 17 et 24 mois, ces émissions n'avaient aucun effet positif sur le langage des enfants.


L'étude a ensuite cherché à comprendre si différentes types de programme ont des effets différents sur le langage des bébés: les chaînes de télévision spécialement conçus pour bébés , les programmes éducatifs, les programmes purement divertissants, les programmes de télé pour adultes.

Contrairement aux idées reçues, ces différents programmes n'ont pas d'effet différent sur l'enfant. Le seul facteur important est le nombre d'heures passé devant l'écran.

Il est  par conséquent impossible de proposer un programme "adapté" aux moins de 2 ans!

Depuis longtemps, pédiatres, psychologues et pédo-psychiatres sont unanimes pour mettre en garde devant une utilisation de l'écran trop précoce et prolongée.


Des campagnes de sensibilisation des parents sont en cours, des études scientifiques mettent en garde, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas!

 

Qu'en retenir pour notre pratique quotidienne de parents?

Le langage se forme dans le face à face avec un adulte, c'est dans l'inter-action avec son vis à vis que le bébé commence à imiter les mimiques, les sons, qu'il commence à comprendre le sens des mots, puis à en prononcer lui-même.

Pour que votre enfant apprenne à parler dans votre langue, parlez-lui, tout simplement!


Le langage, monolingue ou bilingue,  se construit dans un environnement social et non face à un écran.


 

 

 

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jeu.

28

févr.

2013

Quelle méthode pour avoir un enfant bilingue?

"Quelle est la meilleure méthode pour que mon enfant devienne le plus bilingue possible?" C'est une question récurrente lors de maes entretiens.



Ma réponse est toujours la même:

Pas besoin d'argent pour apprendre à votre enfant à parler votre langue!  Le jeune enfant n'a besoin ni d'ateliers d'éveil, ni de méthodes vidéo. Le seul investissement indispensable: une maman (ou un papa) d i s p o n i b l e !

Le seul ingrédient pour l'éducation bilingue précoce: du temps, du temps, du temps!
- Temps pour les jeux de doigts,
- temps pour les berceuses,
- temps pour le livre d'images ou de contes,
- temps pour l'écouter ,
- temps pour l'aider à formuler si des mots lui manquent,
- temps pour répondre une centième fois à la même question

Bizarrement, c'est le temps qui nous manque le plus !

Pour aller plus loin, voici un article intéressant

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lun.

25

févr.

2013

Je veux un enfant bilingue!

De plus en plus de parents souhaitent que leurs enfants soient familiarisés le plus tôt possible aux langues étrangères. Qui ne rêve pas d'avoir un enfant capable de passer de sa langue maternelle à une autre langue, apparemment sans effort ?

De nombreuses croyances existent autour des capacités des jeunes enfants d'emmagasiner des connaissances. Il est tentant  alors d’imaginer qu’il suffit de mettre notre bambin devant un ordinateur où défilent des images et des mots en anglais, pour le rendre « bilingue ».

Quelques précisions s'imposent pourtant. Le bilinguisme, c'est-à-dire la capacité d'utiliser deux langues dans toutes les situations de la vie ne s'installe que sous certaines conditions:

 
* L'intensité  du contact avec la seconde langue. Un quart d'heure de temps en temps  ne sont pas suffisants pour atteindre votre but. Il faut une exposition longue (plusieurs heures par semaine) pour développer le bilinguisme.

* Le plaisir, un moteur puissant. Chez le jeune enfant, tout apprentissage est lié à l'affect. Pour stimuler sa curiosité et son envie d'apprendre une nouvelle langue, il faut que les supports proposés soient agréables et stimulants.

* Le contact avec de vraies personnes est indispensable. Plus l'enfant est jeune, plus il se désintéressera d'un support (cd, video) s'il n'est pas accompagné dans l'apprentissage par de vraies personnes.

* Un environnement propice à l'apprentissage. Un enfant apprend d’autant plus volontiers une autre langue qu’il sait que ses parents sont intéressés par cet apprentissage.

Mon conseil pour les tout-petits: avant de vouloir lui apprendre l'anglais, donnez-lui le goût des langues! Un milieu familial ouvert aux autres cultures, aux gens et à leurs langues, en est la première condition.
Durant les premières années, il est important d’ouvrir son oreille à d’autres sonorités. Ce qui revient en fait à entretenir la capacité de tous les bébés d’entendre et de distinguer tous les sons de toutes les langues du monde!

Pourquoi alors se limiter à l'anglais? On peut faire écouter à son bébé des berçeuses en hindou, en espagnol, en arabe et italien.

Plus tard vous choisirez des petits jeux en différentes langues que vous ferez avec lui. Il est important à cette étape que la maman (ou le papa !) reste à côté de l’enfant : l‘éveil à une langue se fait avec maman, on s’amuse ensemble à découvrir et à répéter des sons, des petits mots, à taper dans les mains ou à danser.
Ce qui compte pour votre enfant, c’est le plaisir de découvrir des sons, des mélodies, des mots inconnues ensemble et en s’amusant!
Sans être vous-même féru(e) en langues étrangères, vous pouvez donc créer chez votre enfant la curiosité et l'envie d'apprendre de nouvelles langues.

Ce qu'il fera plus tard quand il aura l'âge pour fréquenter un atelier d'éveil ou un cours de langues.

 

 


 

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dim.

24

févr.

2013

Bien vivre son bilinguisme... pas si facile!

 En France, avec plus de 4,5 millions de personnes qui déclarent avoir une autre langue maternelle que le français, les crèches et écoles accueillent un nombre considérable d’enfants qui grandissent au contact de plusieurs langues.

Malgré une grande diversité linguistique en France, toutes les  situations de contact des langues ne permettent pas de développer des compétences bilingues.

Tout se passe comme si certaines langues  pouvaient mener au bilinguisme, alors d'autres étaient un frein à « l’intégration  (en France) par la langue ».
Le prestige dont jouit telle ou telle langue dans notre société, et notre regard dsur les locuteurs de cette langue,  déterminera - par des mécanismes socio-psychologiques complexes -  la construction d’un bilinguisme harmonieux, ou conflictuel.
De nombreuses études ont montré l’impact négatif sur le développement langagier et identitaire de l’enfant si la langue de première socialisation est dévalorisée par rapport à la langue d’accueil. La dévalorisation mène au refus de parler la langue des parents, et dans des cas extrêmes au refus de parler tout court.

Il n’existe pas de solution unique pour  répondre aux besoins des enfants bi/plurilingues .
Dans un contexte de minoration des langues maternelles, il incombe aux professionnels des secteurs médico-social et éducatif, de convaincre les parents de la nécessité de conserver la langue familiale.

 

Toute langue, quelle qu'elle soit, parlée en famille, est préférable à l’utilisation, par les parents, d'un français mal maîtrisé. 

Il s’agira de convaincre les parents de l’importance de leur langue pour le développement intellectuel et émotionnel de leur enfant, tout en les rassurant sur ses capacités d’acquérir en même temps le français-  à la crèche ou  à l’école maternelle.
L’organisation d’ateliers mère-enfant  et de groupes de parole s’avère utile pour opérer un changement d’attitude chez tous les membres de la famille.

Pour les familles parlant des langues à statut égal avec le français, la question du maintien du bilinguisme est également prégnante, mais pour d’autres raisons.

 

Dans notre pays la pression de la langue dominante est telle que le bilinguisme constitue fréquemment  une simple étape vers le monolinguisme français.
Pour conserver les compétences bilingues, des stratégies spécifiques doivent être employées. Un conseil judicieux peut être l’enrichissement de la langue « faible » par des activités langagières extra-familiales. Des groupes de jeux sont une possibilité, des rencontres entre familles de même langue en sont une autre.

Il est aujourd’hui établi que la bonne maîtrise du français langue de l’école chez l’enfant en contact avec d’autres langues est conditionnée par la prise en compte des  savoirs langagiers acquis au sein de la famille.
Il est par conséquent du  devoir  de tous – professionnels de la petite enfance et de la santé, décideurs politiques - de mettre en place de nouvelles stratégies pour favoriser la construction d’un bilinguisme/ plurilinguisme  harmonieux chez tous les enfants grandissant avec plusieurs langues en France.




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mar.

07

août

2012

Mini-série sur M6: Une touche de bilinguisme "normal"

Une femme bretonne et une mère algérienne (ou marocaine?), un français impeccable et des exclamations en arabe: c'est Kader dans la série de l'été "En famille", tous les soirs à 20h05 sur M6.
Gendre idéal d'un couple breton, père dévoué et mari amoureux, Kader est néanmoins "issu de l'immigration" et vivant en couple "mixte". Il navigue, à l'aise, entre ses deux langues et entre la culture franco-bretonne  de sa belle-famille et celle, franco-maghrébine, de ses parents. Délicieux, ses expressions en arabe quand il converse avec sa mère et ses tentatives d'intégration dans la familiale en portant le pull  en laine breton  "qui ne gratte pas".
Délicieuse aussi, la mère de Kader qui veut le convaincre que les jumeaux ont besoin d'un petit frère ou d'une petite soeur ("ils vont se retrouver enfants uniques"), remise à sa place - en arabe! - par son fils.
Des scénettes dignes d'une série américaine,  caricaturales à souhait, avec un comique bon enfant qui ont le très grand mérite de montrer la "normalitude" des relations entre personnes d'origines linguistiques et culturelles différentes.
Je dis Bravo!

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sam.

14

juil.

2012

Bilinguisme: une langue peut-elle "contaminer" une autre?

L’idée de la « pollution » d’une langue par une autre est plus courante que l’on ne pense. Particulièrement chez des spécialistes de l’enfance et de l’enseignement. L’interview d’un éminent linguiste, il y a quelques années , donne une vision assez réaliste de la méconnaissance du bilinguisme/plurilinguisme, de ses conditions et effets, dans notre pays.

Bien que je sois à chaque fois sidérée par tant d'assurance dans l’ignorance, je suis largement habituée aux affirmations faisant cas du danger du contact « trop précoce » de l’enfant avec une seconde langue : 5 ans semble être l’âge idéal pour le linguiste cité plus haut – alors que pour d’autres tout se joue avant 3 ans, ou 7 ans, c’est selon.

« Contamination » et « pollution » viendraient du fait que la première langue n’est pas encore assez structurée, pas suffisamment « cloisonnée « (un terme de prédilection du corps enseignant).

Un langage « hybride », des structures grammaticales instables, seraient le lot de tous ces enfants qui grandissent avec plusieurs langues – en famille, à la crèche ou à l’école maternelle ?

Le problème n’est en fait pas de savoir quel est le meilleur âge pour introduire une seconde langue. Simplement parce que, dans la plupart des cas, la seconde langue s’impose d’elle-même : des parents récemment immigrés en France, ou expatriés ailleurs, et parlant naturellement une autre langue que celle du pays, n’ont pas le choix de l’âge auquel leur enfant sera confronté à celle-ci.

 

L’âge du contact avec la nouvelle langue est largement déterminé par des circonstances extérieures.


La question n’est donc pas de savoir quel serait le meilleur moment pour introduire une seconde langue, mais bien celle de savoir comment traiter des enfants qui sont en contact avec plus d’une langue et dont l’expression langagière est différente de celle des monolingues du même âge – différente à chaque étape de l’acquisition/ apprentissage.

Il est grand temps que les spécialistes de toutes sortes, non familiers avec le phénomène,  cessent de considérer le bilinguisme/plurilinguisme comme une exception qu’ils se permettent de jauger à l’aune de leurs connaissances, certes approfondies, du monolinguisme.

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lun.

09

juil.

2012

Un portrait plus que flatteur

Assmaâ est une jeune femme qui a la suite dans les idées. Journaliste pour plusieurs magazines, elle a lancé son propre magazine online, buzzlim.fr.

Nous nous sommes rencontrées et elle m'a interrogée. De mes élucubrations ( je suis intarissable quand on m'interroge sur ma passion, les langues et le bilinguisme), elle a su extraire avec beaucoup d'intelligence  la substantifique moëlle: www.buzzlim.fr/

Merci, Assmaâ!

 

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dim.

01

juil.

2012

Éveillons nos enfants à des langues "différentes"

Se laisser bercer par la beauté des langues comme le bambara, l'arabe algérien, marocain, le wolof, le sérère est possible sur ce site extrêmement bien fait:
http://www.conte-moi.net/conte-moi-francophonie.

 

L'éveil aux langues des enfants et de nous, leurs parents, est possible sur ce site.

Je dis BRAVO!

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mer.

27

juin

2012

Le bilinguisme, un jeu d'enfant?

"Apprendre deux langues  à la fois. C'est possible à votre avis?" C'est la question qui accompagnait un article publié sur la page facebook du CAFÉ BILINGUE sur un projet d'atelier où les enfants devraient être initiés à deux langues étrangères simultanément.
La publication  a suscité une quinzaine de commentaires les uns plus outrés que les autres quant à l'incongruité de la question. Tous étaient d'accord pour dire que, bien sûr, les enfants étaient capables d'apprendre deux langues en même temps!

 

Les réactions des lectrices étaient justifiées. La question posée induisait en erreur: s'agit-il  de l'acquisition de deux langues dans la famille, et donc  du bilinguisme, ou bien de l'apprentissage de deux langues étrangères lors d'un "atelier de langue" hebdomadaire?

 

Dans le premier cas, les commentateurs ont raison. Moins pourtant dans le second cas:

 

Le "bilinguisme" pour tous, le plus tôt possible, est un rêve de parents avertis. Bilinguisme rime avec réussite - scolaire, professionnelle - dans un monde devenu village. Qui ne rêve pas d'avoir un enfant capable de passer  facilement de sa langue maternelle à l'anglais , ou toute autre langue ?

Quelques précisions s'imposent pourtant. Le bilinguisme, c'est-à-dire la capacité d'utiliser deux langues dans toutes les situations de la vie ne s'installe que sous certaines conditions:
* L'intensité  du contact avec la seconde langue. Un quart d'heure de temps en temps  ne sont pas suffisants pour atteindre votre but. Il faut une exposition longue (plusieurs heures par semaine) pour développer le bilinguisme.


* Le plaisir, un moteur puissant. Chez le jeune enfant, tout apprentissage est lié à l'affect. Pour stimuler sa curiosité et son envie d'apprendre une nouvelle langue, il faut que les supports proposés soient agréables et stimulants.


* Le contact avec de vraies personnes est indispensable. Plus l'enfant est jeune, plus vite il se désintéressera d'une activité s'il n'est pas accompagné dans l'apprentissage par de vraies personnes.


Toutes ces  conditions ne sont évidemment pas remplies dans les "ateliers d'anglais" et autres "petits cours" qui poussent comme des champignons dans les grandes villes.

Plutôt que de nourrir de faux espoirs de bilinguisme les organisateurs devraient mettre en avant l'avantage réel de ces ateliers: l'éveil de la curiosité des enfants pour la diversité linguistique, la stimulation de leur  capacité de mémoriser  des mots inconnus - conditions préalables pour entrer dans l'écrit....

 

 


 

 

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sam.

23

juin

2012

Le bilinguisme, entre enthousisasme et déception

Le bilinguisme de l'enfant?

C'est facile durant les premières années, quand l'enfant est entouré de papa et maman. Les premiers, mots dans la langue de maman? C'est l' émerveillement. La première phrase dans la langue de papa? C'est l'extase.

Et après?

Arrive l'école maternelle française, monolingue, qui happe notre enfant et qui risque d'anéantir notre rêve du bilinguisme infantil sans peine!

C'est là que le travail des parents commence: tenir l'équilibre entre le maintien de la langue dela famille (ou de maman, de papa) et l'acquisition du français qu'il faut encourager.

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mer.

20

juin

2012

Le bilinguisme est un atout!?

Le constat est sans équivoque.Le contact précoce avec une seconde langue est un atout pour tous les enfants, à condition que les efants en soient convaincus et qu'ils sachent convaincre ceux deleur entourage qui se montrent sceptiques!

Et des sceptiques, il y en a. ..Encore, devrais-je dire, car quand je pense que nous sommes en 2012, et qu'il existe toujours des personnes qui préconisent l'apprentissage du seul français à des parents dont ce n'est pas la langue maternelle!

Que des non-spécialistes soient sceptiques, passe encore. Mais des enseignants (selon les nombreux témoignages de parents)? Des linguistes (selon les assertions entendus ou lus) ? Des orthophonistes, des médecins, des professionnels en crèche?

 

La "normalité" (mot à la mode, décidément) du bilinguisme n'est pas encore entrée dans les moeurs dans notre pays. Preuve en est un prochain colloque (décembre 2012) d'orthophonistes qui se concentrera sur la "pathologie du bilinguisme". Ou bien le livre d'un universitaire intitulé "Bilinguisme et psychopathologie"....

 

Tous comptes faits, cela me renforce dans ma démarche de militante au sein de l'association CAFÉ BILINGUE .

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jeu.

14

juin

2012

Le bilinguisme est partout

Ce matin, départ en taxi vers les studios d'enregistrement à Issy Les Moulineaux. Je suis l'invitée du jour dans le Magazine de la Santé sur France 5. Dans les nouveaux locaux lumineux (je connaissais  ceux de Boulogne),  la maquilleuse (grande, brune, la quarantaine) me demande: " Alors, c'est quoi votre sujet?"

"Ben, c'est le bilinguisme, ou plutôt les enfants bilingues", dis-je. "Ah, intéressant! Je suis Suédoise", dit-elle en redessinant mes sourcils d'un trait énergique. Et là, je me souviens, son origine suédoise et son trait de crayon de sourcils me rappellent  notre première rencontre dans le studio de maquillage de la chaîne à Boulogne! Elle raconte. Son arrivée, enfant, en France, avec sa mère, sa difficulté d'aujourd'hui  de conserver sa langue maternelle. Le soir, avant de s'endormir, elle lit du suédois, parfois même en déclamant à haute voix "pour ne pas perdre la pratique" de la langue qu'elle n'utilise plus qu'avec sa mère ...et son chien.

Arrive une jeune femme, invitée pour la rubrique après: le massage. Présentations, chacune décline son identité et le sujet de son intervention: "Ah, les enfants bilingues! Comme c'est intéressant! J'ai essayé de parler en espagnol avec ma fille quand elle était petite. Je suis  Espagnole, vous savez. Mais elle ne veut plus que je lui parle ma langue." S'ensuit une discussion animée sur les difficultés de rester conséquent avec la langue minoritaire, les avantages et inconvénients de l'éducation bilingue... Le sujet est lancé...

La suite demain, 14 juin, un peu après  13H30 sur France 5!

 

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mer.

13

juin

2012

Le Guide à l'usage des parents d'enfants bilingues

Dès demain en librairie!

J'espère pouvoir contribuer à rassurer les parents, et grands-parents, qui liront ce nouveau livre.

Parler sa langue maternelle avec les enfants est la chose la plus naturelle du monde, mais en France, il se trouve toujours des "spécialistes" qui trouvent à y redire: "il faut apprendre une langue d'abord, après seulement onpeut apprendre une autre langue" , affirmlent-ils sans se soucier des centaines demilliers d'enfants en France dont au moins un parent parler une autre langue que le français, si bien que deux langues sont présentes en même temps dans la vie de cet enfant!

 

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jeu.

24

mai

2012

Un nouveau livre!

Jai le plaisir d'annoncer la parution de mon nouveau livre, un

"Guide à l'usage des parents d'enfants bilingues",

Il paraîtra au éditions La Découverte en juin 2012

mer.

23

mai

2012

Enfantsbilingues se transforme

Que de chemin parcouru depuis la création du premier site francophone d'information sur le bilinguisme, enfantsbilingues.com !

Après plus de 10 ans de bons et loyaux services, le site méritait d'être repensé.

 

C'est chose faite.


Plus clair et d'une navigation plus facile, Bilinguisme-Conseil prend la relève.Vous y trouverez des informations sur le bilinguisme, mais aussi la possibilité d'obtenir des conseils personnalisés.

 

 

 

3e édition augmentée
en 2015

Sorti en 2012

Version allemande

3e édition en 2016